Fiche pratique n° 6 :"C'est c'ui qui dit qui y'est!"


Illustration : la graphisteuse , Instagram, Linkedin


Cour de recréation de l’école primaire d’Avezac (qui va être assez curieux pour voir ou cela se situe ? (1)) : Hubert va voir Charles et lui dit « tu me prêtes tes billes ? ». Charles lui a déjà demandé la même chose il y a quelques jours et Hubert a refusé, gardant dans sa poche les précieuses gemmes de verre. Fort de cette expérience, Charles refuse. Mécontent, Hubert lui dit : « t’es pas prêteur ! » et, Charles lui réponds « C’est ç’ui qui dit qui y 'est ! ».


Nous avons tous été témoins à un moment ou un autre de ce type d’échanges entre enfants. Mais, ce sont des enfants et j’imagine que vous n’y avez pas prêté plus d’attention que ça.


Et pourtant… sous cette querelle enfantine se cache un processus qui nous touche tous, tant dans nos relations personnelles que professionnelles.


Alors de quoi s’agit-il ?


Chacun d’entre nous est le résultat d’une histoire, d’une superposition d’émotions et de ressentis qui ont peu à peu déterminé notre vision de nous-même, des autres et du monde. Par moment, notre vision de la réalité est fortement teintée, voire déformée, par cette construction psychique. Et, nous commençons à affecter à l’autre ce que nous n’arrivons pas à voir ou à accepter en nous.


Prenons quelques exemples :


Quand votre patron, qui n’est pas habituellement un grand bavard, ne vous salue pas, vous pouvez en déduire « il ne m’aime pas et veut certainement me virer ». Peut-être est-ce simplement votre manque de confiance et votre insécurité interne qui se manifeste, lorsque vous pensez cela ? Peut-être est-il seulement préoccupé et manifeste son « coté ours » (2) dans ce genre de situation ?


Lorsqu’un collègue vous reproche votre « manque d’implication » ou vos « difficultés relationnelles » alors que vous faites du bon travail et que vos relations sont cordiales avec tous. peut-être, pour des raisons qui lui sont propres, il voit en vous ses propres craintes : ne pas être à la hauteur et se sentir abandonné ?


Comme un projecteur cinématographique projette sur un écran les images qui sont dans ses entrailles. Chacun d’entre nous est capable de faire de même avec ses représentations internes pour affecter à l’autre nos propres craintes et émotions négatives.


C’est une source d’incompréhension et de conflit que je rencontre souvent comme professionnel de la relation tant chez mes clients que sur moi-même (me concernant j'effectue pour cela des supervisions et un travail therapeutique). Ce processus est la plupart du temps inconscient, il permet ainsi à la personne concernée de ne pas affronter ses propres craintes, souffrances, failles et d’affecter à l’autre les raisons de son mal être. C’est une source importante de tensions, de colère, d’agressivité et de mise à distance.


Alors que faire, sachant que nous sommes tous projecteur et écran à un moment ou un autre ?


Lorsque vous pensez être en position « d’écran », vous pouvez vous interroger sur ce qui vous est dit : ai-je eu ou ai-je des comportements, des pensées qui justifient ces remarques ? Est-ce que je me reconnais dans ce qui est dit ? Si ce n’est pas le cas, l’autre est peut-être en train de parler de lui bien plus que de vous. Dans ce cas, il est important de rester soi-même, ferme dans sa posture et finalement…rassurant. Il est tout aussi essentiel dans ce cas de mettre une distance entre la façon dont on est défini par l’autre et ce que nous savons intimement de nous-même. Nous n’avons pas à le croire si cela est injustifié.


Lorsque vous affectez à l’autre des émotions (« il ne m’aime pas »), des intentions (« il veut me virer ») des attitudes (« il n’est pas coopératif »). Vous êtes certainement entrain de vous transformer en « caméra ». Peut-être est-il nécessaire de vérifier sur quoi vous vous appuyez pour dire cela. N’est ce pas mes propres craintes de ne pas être à la hauteur, de ne pas être accepté etc. qui s’exprime au travers de ces reproches ? Dans ce cas, il est important d’en prendre conscience pour travailler sur ces « parties sombres » qui vous amène à déformer la réalité sans même en avoir conscience. Il est important dans ce cas de faire appel à un professionnel car pour paraphraser C.G. Jung : nous ne pouvons voir l’ombre qui est dans notre dos, seul un tiers peut nous en parler (3).

P.Desproges résume ce processus avec son humour décapant :"L'ennemi est con, il croit que c'est nous l'ennemi alors que c'est lui."


En conclusion, lorsque dorénavant vous serez à l’origine ou victime de reproches et de tensions, vous pouvez tout simplement vous demander : mais… ce ne serait pas plutôt « C’est ç’ui qui dit qui y 'est ! », ou/et frapper à la porte d’un professionnel pour apprivoiser quelque peu vos zones d’ombres.





(1) Pour les 3 premiers qui ont la curiosité de chercher où se trouve Avezac et qui me communique la reponse par courriel (contact@psychosocionomiepro.fr) : 45 mn de coaching individuel en Visio offert. Ça vaut le coup d'être curieux...

(2) Au caractère réputé solitaire, brusque et maladroit. Personne peu engageante, sans manière, qui fuit toute relation avec autrui.

(3) https://www.cairn.info/revue-cahiers-jungiens-de-psychanalyse-2007-3-page-51.htm













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